L’Hannya Shingyo à la nage

La récitation de l’Hannya Shingyo (Le Sutra du Cœur – Prajna Paramita – dans son appellation Zen) n’est pas anodine.
Elle se pratique comme la brasse coulée.
Comme chacun sait, cette nage alterne des phases sous marines avec des phases d’inspiration, tête hors de l’eau, avant de replonger de plus belle pour une délicieuse glisse subaquatique.

L’Hannya Shingyo est long. Tellement long que son apprentissage semble au pratiquant débutant une prouesse semblable à la traversée de la manche à la nage.

Il est long, monocorde, et se récite à l’unisson. Mais surtout, il est sans pause. Il ne faut s’attendre à aucun silence sur lequel nous pourrions, tel un banc de sable, reprendre tranquillement notre respiration avant de repartir pour ce qui reste de la traversée.

Dans le Zen Soto, tout est noir : les zafu, les kolomo, les kesa, les regards parfois…Même le texte merveilleux est cloué de noires.
L’Hanna Shingyo est fait de noires ; ici et là, elles se laissent bousculées par quelques croches joueuses (Shiki shiki sooku ze ku ku soku ze shiki : mon passage préféré. Un brin groovy. On y ondulerait presque comme au son du doux reggae … si l’ambiance était moins sérieuse).

Ainsi, après un courte inspiration, nous voilà partis pour une longue glisse expiratoire. Lorsque nous parvenons au bout de notre capacité pulmonaire, plutôt que de nous noyer, il faut bien, le temps de quelques percussion sur la tête de ce pauvre poisson, reprendre notre respiration. (1)

La subtile ingénierie opère à ce stade. Pris dans notre implacable récitation de noire, noire, noire, noire croche noire, nous intériorisons les sons que pour des raisons physiologiques évidentes nous ne pouvons réciter en vocalisant. Ces quelques syllabes, sur le temps de l’inspir permettent de repartir pour quelques mètres de plus.
Alors, la récitation se fait intérieure.

C’est ici que se coud le kesa invisible.
La récitation est le fil qui passe au dessus du tissu, puis surgit de nouveau quelques millimètres plus loin.
Entre ces deux points le fil semble disparaître.
En réalité, il poursuit son œuvre en sous-marin.

Par la récitation de l’Hannya Shingyo, nous réparons notre être éparpillé en cousant l’intérieur et l’extérieur.

Cette vague est fréquence,
Intime et monde à la fois.


AkpPw8Y

Franck Joseph

©FJ Fev 2019
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Mokugyo

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :
search previous next tag category expand menu location phone mail time cart zoom edit close