Édulcorants/ Exhausteurs d’Ego

Quels sont les réflexes que je mets en place et qui, en permanence, un instant après l’autre me permettent de transformer l’expérience du monde tel qu’il est ?
Par quel subterfuge est-ce-que je tente de modifier, en édulcorant ou en intensifiant mon expérience intérieure, l’instant qui se présente à moi ?

Édulcorants

Parlons d’édulcorants. Cela peut être une musique au travers de laquelle je viens compenser une perception agressive des agitations de l’environnement.
Ainsi par ce filtre auditif, j’arrondis les angles acérés des mâchoires, je colore avec plus de douceur les bruits de moteurs, les cris des passants, j’adoucis la rugosité d’une promiscuité imposée dans le bus…
La distance que je crée peut aussi s’avérer salutaire, en ce qu’elle me permet d’appréhender le monde avec une  sérénité fonctionnelle.

Cependant, par ce processus édulcorant, je n’ai toujours pas perçu la réalité, je n’ai fait que compenser, contrebalancer une perception excessive par une autre.

Je suis parvenu, par une jonglerie homéostatique, à fonctionner.

Cet édulcorant, de manière plus subtile, plus profondément tissée à nos processus psychiques, peut aussi bien être notre identification à ceux-ci. La force avec laquelle je m’agrippe à ces processus, les faisant miens, les faisant moi, est une focalisation déformante par laquelle je perçois le monde.
Depuis cette plateforme instable, j’opère.

Dans le monde que je n’investis pas de conscience, tout peut me renverser. Je m’agrippe donc plus fort et initie le phénomène d’auto-renforcement (boucle, saturation, larsen)

Exhausteurs

Parallèlement, vouloir intensifier le réel est une addiction au même titre que celle que l’on développe par l’habitude de saler nos plats plus fort que de raison.
Quels sont les artifices que l’on déploie pour intensifier le réel ?
Peut-on percevoir les conséquences de leur application sur notre « métabolisme » subtil ?

Perçu comme insipide, nous plaçons sur le réel un calque épicé au travers duquel nos papilles intérieures sont stimulées de manière plus satisfaisante.
Il me semble que c’est cette dynamique que l’on trouve au cœur de l’attrait pour les ragots, l’entretien et la création de rumeurs.

Peut-on traiter le réel avec le même respect que la vision offerte par la permaculture lorsqu’il s’agit de traiter la terre ?
En sculptant le monde à la truelle, nous laissons une trace, une empreinte de nous-mêmes, difficilement effaçable.
En cela, c’est le même principe d’ego sous-jacent qui est à la barre.

Ici non plus, il ne peut se résoudre à laisser le monde être, il faut qu’il tamponne tout ce qu’il rencontre de son sceau indélicat.

Franck Joseph



©FJ oct 2018
Les articles et méditations sont disponibles en version papier ici : RECUEILS
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