ShinJin Datsuraku: Le Temps et l’Espace (3)

Article faisant suite à : « Laissez glisser le corps-esprit »: le paquet (1)
et à « Laissez glisser le corps-esprit »: le cadeau (2)


Recommandation de Maître Dogen: « Laissez glisser le corps et l’esprit »…

Abandonner l’esprit, puis le corps, non pas comme on se déleste d’un équipement encombrant, telle une vieille connaissance que nous croisons au hasard de notre chemin pressé, et qui tente par tous les moyens de passer l’après midi avec nous.
L’individu exalté par ses souvenirs nous colle et nous suit partout.
Profitant d’un moment d’inattention de sa part, nous tournons au premier coin de rue qui se présente et nous soustrayons ainsi à sa lourde compagnie…

 

Le mental, le temps

On n’abandonne pas l’esprit de la sorte…C’est la meilleure manière de s’assurer qu’il se représente à nous de manière fracassante, inattendue, et, pour revenir sur le parallèle du paragraphe précédent, embarrassante… (« Alors, comme ça, on s’est échappé….peut être ne suis-je pas assez distrayant pour Môssieur…attends un peu, je vais te distraire, tu vas voir…. »).

Laissez l’esprit comme on lâche la main d’un enfant qui a suffisamment grandi pour pouvoir aller chercher du pain au bout de la rue sans nous.
Ou de la même manière qu’un bébé que nous avions toujours à bras, tant il fallait le nourrir « à la demande », étant donné sa constitution fragile, et qui, ayant gagné en poids, est désormais capable de rester de plus en plus longtemps dans son berceau à gazouiller sans nous solliciter.

Abandonner l’esprit comme on fait un tour en dehors du mental. Un pied, puis un autre, l’air de rien. Il raconte ses histoires…que nous l’écoutions ou pas, n’est plus un enjeu, il fait ce qu’il sait faire le mieux,: raconter des histoires. Si, auditeur captivé, nous demeurons à ses cotés pour découvrir la suite de ses contes, ce n’est pas parce que ceux-ci sont nécessairement captivants..Mais parce que la pièce est chauffée et que nous la connaissons bien.

Ou, mieux, sortir sans annoncer sa sortie, les deux pieds d’un coup. Se retrouver dans l’énorme jardin en étant le premier surpris. Nous restons quelque peu loin de la vieille grange du temps, où le conteur lit en boucle les trois mêmes histoires depuis dix ans.

Laisser glisser l’esprit, c’est abandonner le temps,
Laisser glisser le corps, c’est abandonner l’espace….

C’est à cela que les exercices préliminaires de méditation que l’on rencontre ici et là et qui fluctuent selon les modes et les traditions, sont utiles.
La Pleine Conscience en est un flamboyant étendard.
Flamboyant, il flotte aux vents médiatiques avec un panache stimulant.
Étendard, c’est un drapeau, il annonce le navire, mais ne transporte personne.

Généralement, ces exercices demeureront la seule « expérience » de méditation traversée par les pratiquants. Sans approfondissement, ils risquent alors d’en faire une définition, par nature tronquée, de la méditation, confondant la carte et le territoire,  la préface et le livre, le récit et la vie, la vie et la Vie.

Il faut, à l’aide de ces pratiques, que le mental soit suffisamment apaisé pour supporter notre départ sans se manifester à outrance, par surcroît de panique, comme le jeune enfant surenchérit généreusement de cris déchirants lorsque sa mère s’apprête à quitter la pièce, pensant ainsi la retenir.

 

Le corps, l’espace

La posture de méditation, pour sa part, permet au corps d’expérimenter suffisamment de stabilité et de non-tension, pour que puisse également se produire ce « glissement ».
Bien sûr, il ne s’agit pas de quitter le corps au sens propre.
Quoique….
Il en va d’un constat: celui de ne plus seulement résider ici,
Mais simplement résider.
Résider sans maison, c’est en fait ne plus résider, mais habiter l’espace comme on flotte  au gré des vaguelettes.
La mer du mental ne risque plus, à cet instant de faire chavirer le navire.

Il n’y a plus de navire à submerger,
Ni de vents et marées à braver…
A perte de vue: une mer de radeaux,
Un peuple de rondins en bois, 
Tous flirtant avec la même eau
Et vaguement rassemblés
 
Par des cordages en déliquescence,
Ils se délient vers l’Essence.

Franck

 

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